Presse
Chronique de Sylvain - Musical Box
ZACKOPLANE : le rock français a trouvé son nouveau terrain de jeu
Parfois, les plus belles découvertes musicales ne naissent ni d'un algorithme, ni d'une campagne promotionnelle à grand renfort de publicité. Elles surgissent au détour d'un heureux hasard, dans une petite boîte remplie de nouveautés, au milieu d'une pile de disques attendant patiemment qu'une paire d'oreilles curieuses vienne leur donner une chance.
C'est exactement ce qui m'est arrivé dans les locaux de Musical Box, l'émission que j'ai le plaisir d'animer avec une équipe de véritables passionnés sur Ouest Track Radio, au Havre. Plus qu'une équipe, une véritable famille.
Parmi les nombreuses galettes reçues, une pochette a immédiatement attiré mon regard, une femme mystérieuse avançant sur un court de tennis, une guitare en bandoulière, comme si elle s'apprêtait à disputer une finale de Roland-Garros version rock'n'roll.
Et puis ce nom “ZACKOPLANE”. Intriguant, étrange, presque énigmatique. Aussitôt vu, aussitôt embarqué.
Quelques recherches plus tard, je découvre l'histoire de ce groupe lorrain né officiellement en 2024 autour de Crick Zachary, auteur-compositeur actif depuis le début des années 2000. Après les albums Différence (2004) et Rodéo (2014), l'aventure prend une nouvelle dimension avec la formation actuelle composée de Crick Zachary (chant, chœurs et guitares), Richard Barthélémy (guitares), Fabien Petitjean (basse et claviers) et Nicolas Floquet (batterie et percussions).
Plusieurs morceaux de cet album étaient déjà en gestation dès 2017, peaufinés pendant des années sur scène avant d'être enregistrés avec un soin presque artisanal. Un véritable travail de passionnés, loin des productions calibrées à la chaîne.
Dans la musique, il existe encore de la sincérité, de la volonté, du travail et surtout l'envie de partager avec modestie. J'appelle cela une attitude rock, quel que soit le style pratiqué.
Dès la première écoute de cet album éponyme, paru en septembre 2025, un sentiment que je croyais presque disparu m'a traversé, celui d'entendre enfin un vrai groupe de rock français, sincère, habité, sans posture ni artifice.
Les chansons vivent, racontent des histoires, évoquent des souvenirs, des personnages et des émotions. Le tout est porté par des guitares inspirées, des mélodies accrocheuses et cette capacité devenue rare à chanter dans la langue de Molière sans jamais tomber dans la facilité. Les musiciens jouent à l'unisson et l'on ressent immédiatement une grande complicité entre eux.
Dès le morceau d'ouverture, "Zackoplane", le groupe affiche ses intentions, embarquement immédiat pour un voyage où la poésie rencontre l'énergie du rock. On monte à bord sans billet retour.
"Chris Waddle" surprend par son hommage inattendu à l'ancien footballeur anglais. Il fallait oser écrire une chanson sur un ailier gauche britannique des années 80 ; Zackoplane l'a fait. Et le résultat fonctionne parfaitement, preuve que le rock reste le meilleur terrain de jeu pour les souvenirs populaires. Le morceau bénéficie même de la participation de Thierry Sidhoum, musicien du groupe Ange, à la basse.
Impossible de ne pas citer "Nancy", véritable déclaration d'amour à la cité ducale. Portée par une mélodie lumineuse, la chanson donne presque envie de réserver un billet de train dans la foulée pour aller flâner place Stanislas.
Puis vient "Malcolm Young", probablement l'un des sommets de l'album. Hommage vibrant au regretté guitariste rythmique d'AC/DC, le morceau rappelle une vérité souvent oubliée, derrière les héros de la six-cordes se cachent parfois des bâtisseurs de l'ombre sans lesquels aucun monument du rock n'aurait vu le jour.
Petite anecdote pour les amateurs, Malcolm Young était loin d'être uniquement un guitariste rythmique. Plusieurs proches du groupe ont souvent affirmé qu'il était également un excellent soliste, parfois aussi talentueux que son célèbre frère Angus, l'infatigable roi du « tapé du pied » en uniforme d'écolier.
Ce qui frappe surtout chez Zackoplane, c'est son authenticité.
On sent un groupe qui a pris le temps de construire ses morceaux, de les éprouver sur scène, de les faire vivre avant de les enregistrer. Rien n'est précipité. Rien n'est factice.
Et cette sincérité trouve aujourd'hui son public. Le groupe multiplie les concerts, les festivals, les passages radios et les prestations remarquées. Il va notamment assurer la première partie du guitar hero français Manu Lanvin, figure incontournable du blues-rock hexagonal. Une reconnaissance amplement méritée pour une formation qui ne cesse de gagner en visibilité.
Alors oui, il est encore trop tôt pour savoir jusqu'où ira l'aventure Zackoplane. Mais une chose est certaine, dans un paysage musical souvent saturé de productions interchangeables, ce groupe apporte un véritable souffle d'air frais, des chansons qui ont quelque chose à raconter et surtout cette envie précieuse de réécouter l'album une fois terminé.
Et finalement, n'est-ce pas le plus beau compliment que l'on puisse adresser à un disque ?
Zackoplane n'est peut-être pas encore un Boeing du rock français. Mais au vu de la qualité de cet album, l'appareil a déjà quitté le tarmac et semble bien parti pour atteindre une altitude de croisière que beaucoup lui envieront, l’état de supersonic est assuré.
La relève est bel et bien assurée.
Alors soutenez-les, diffusez-les, encouragez-les. Car les groupes sincères, passionnés et authentiques méritent plus que jamais d'être mis en lumière.
Long vol à Zackoplane !
Sylvain - Musical Box
Publié le : 13/06/2026